La nuit, tout semble simple.

Il arrive. Il le voit.
Ses joues s'empourprent et son cœur s'affole. Mais à quoi s'attend il ?
Il passe à côté de lui, le bouscule et ne lui accorde aucun regard.
Ses pieds s'arrêtent. Les yeux humides. Le cœur ébranlé.
Pas à ça en tout cas.


Tout sépare Dane et Harry mais leur solitude commune les rapprochera bien plus qu'ils ne pouvaient se l'imaginer.

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1. Le ciel nous réserve des surprises.

 

L’année était déjà bien entamée. Le premier trimestre se finissait et noël approchait à grand pas. L’hiver était toujours un rude passage pour Harry. Ses notes étaient toujours aussi bonnes mais il peinait financièrement. Aux charges habituelles s’ajoutaient le chauffage, les nouveaux habits et son corps quémandait plus de calories. Il avait déjà survécu un hiver ici alors pourquoi pas deux se disait-il. Il avait tenté plusieurs fois de prendre un travail en dehors des cours mais il n’arrivait alors pas à suivre le rythme. Il faisait donc avec les moyens du bord. Il ne s’en plaignait d’ailleurs pas. Il louait un petit appartement. Plutôt une chambre de bonne. Il avait une petite cuisine avec une table et deux chaises, à l’arrière un lit double avec petit balcon et dans une pièce à part, une minuscule salle de bain. Cela lui convenait parfaitement. Il savait que la plupart de ses camarades vivaient dans d’immenses maisons, voir des châteaux mais lui se sentait bien ici. Ça lui évitait de faire trop de ménage. Et par-dessus tout, il adorait son petit balcon. Il s’y posait tous les soirs, même les plus froid, pour scruter le ciel une cigarette à la main. Le ciel l’apaisait. Il lui semblait que tout était possible. Il remerciait le ciel de pouvoir être là. Il savait que très peu de gens de son milieu arrivait à faire ses études ici. Recevoir une bourse avait été un miracle inattendu pour lui et sa mère. Depuis ce jour, il était certain que tout rêve pouvait être réalisé si on le voulait bien.

Ce soir-là, il finit sa cigarette plus rapidement, le froid lui engourdissant les doigts. Et lorsqu’il allait rentrer, une ombre l’interpella. Il abandonna son observation du ciel pour tourner son attention vers les grandes marches qui se trouvaient plus basses. Du troisième étage, il avait une vue imprenable sur la ruelle qui menait au centre-ville. Il était rare de voir quelqu’un s’y aventurer même en plein jour. Il y avait très peu d’habitation. Le quartier était constituait de nombreux petits appartements en briques du style d’après-guerre comme celui-ci. Mais  dans une ville aussi riche, les plus démunis avaient vite fui les prix excessifs.

 

Il scruta plus précisément les larges marches. Il réalisa bien vite que cette ombre qu’il avait pensée animal dans un premier temps était en  fin de compte une personne. Il hésita un instant à descendre mais la personne s’était assise sur les marches, la tête entre ses mains. La carrure de l’inconnu lui semblait familière. Il ne pouvait pas résister et courra jusqu’en bas. Autant par compassion que par curiosité.

Il reconnut tout de suite, les larges épaules et les cheveux blonds ébouriffés de l’inconnu plus si méconnu. Dane Collins. Il était dans la même université. Et avait la fâcheuse habitude de  le bousculer dans les couloirs en lui offrant son sourire le plus hautain. Il n’était pas pour autant en colère contre lui. Il n’était d’ailleurs à ce moment que compatissant. Il ne semblait vraiment pas être le genre de personne à pleurer pour un rien. Il s’assit donc près de lui et lui tendit son paquet de cigarettes.

«  - T’en veux une ? demanda Harry

Le blond releva la tête pour la première fois et rigola. Mais pas pour rire de lui, c’était un rire douloureux, sarcastique, voir haineux.

Petersen. Tu tombes vraiment bien. Tu dois être heureux là. Hein ? Me trouver en train de pleurer comme un gosse. Je ne veux pas de pitié. Rigole un bon coup et casses-toi. cracha-il. Pourquoi devrai-je rire de toi ? l’interrogea-t-il timidement mais sincèrement. Parce que tu me déteste. Ou en tout cas tu devrais. Je te traites comme de la merde. Je suis la seule personne qui ne parle pas de toi comme LE génie de la fac qui n’est là que pour son mérite et son travail. Je ne te déteste pas Collins. dit-il calmement. Tu devrais pourtant. J’ai tout ce dont tu peux rêver. Tout ce que tu n’as pas. ses mots étaient posés, plus d’agitation, seulement un constat. Si tu es là, c’est qu’il te manque quelque chose.»

Le blond sourit. Ses larmes avaient cessé et il ne semblait plus énervé. Il prit une cigarette du paquet toujours tendu vers lui. Il l’alluma. Resta un instant puis se leva et monta les marches. Il s’arrêta quelques marches plus hautes. Harry observait son dos.

«  - T’es un fou Petersen. dit-il d’une voix posée malgré la distance.

Pourquoi fou ? demanda Harry des plus étonnés. Tu as toujours été beaucoup trop gentil pour survivre dans ce monde de merde. »

Dane lui fit un léger signe de la main sans se retourner pour autant et parti. Laissant derrière lui un Harry bouche-bée. Dane Collins, la personne qui le détestait le plus au monde venait de lui faire un semblant de compliment ? Il ne s’attendait en débutant cette conversation pas à un début d’amitié ou même à une discussion sympathique, il voulait simplement faire cesser ses pleurs. Il avait réussi. Il l’avait énervé aussi mais ça avait marché. Il ne s’attendait alors pas du tout à un tel rebondissement. Que pensait-il vraiment de lui ? Il passa une main dans ses cheveux bruns et regarda le ciel. Pouvait-il espérer ne plus être bousculé dans les couloirs à présent ou tout au contraire ? Collins lui semblait être devenu une encore plus grande énigme qu’auparavant. Il avait déjà remarqué qu’il était du genre solitaire mais jusqu’à quel point ? Il avait des amis, il en était sûr, alors pourquoi venir pleurer dans un endroit aussi lugubre et éloigné de tout que celui-là. Avait-il à ce point peur de briser son image d’invulnérable qu’il n’osait même pas en parler avec ses amis ?

Allait-il revenir se demanda Harry. Mais la vrai question qu’il devait se poser était si ça lui ferait plaisir à lui, qu’il revienne se confier.

Harry remonta dans sa chambre, l’esprit embrumé et se laissa emporter par Morphée.

 

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