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L'instant où l'humanité découvre qu'elle n'est plus seule dans l'univers. Une révélation de Sara Cash.

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6. Wellington, Nouvelle-Zélande, 9:45

Pepe est en train de tailler les rosiers quand sa femme l’appelle.

— Chéri, ils ont trouvé des extraterrestres.
— Invite-les à dîner.
Il n’a même pas sourcillé. Il avance son sécateur électrique vers une branche et clac. Voilà ce qu’il leur fait aux extraterrestres. Bien assez de soucis avec l’oïdium. Des extraterrestres. Et puis quoi encore ? Comme si son propre fils n’était déjà pas un Martien. Pepe est incapable de lui adresser deux mots sans le mettre en rogne. Et quand il lui demande à quoi il occupe sa vie, il se fait engueuler. Chacun chez soi et qu’on lui fiche la paix.
Des extraterrestres. Peut-être qu’ils connaissent quelques trucs de jardinage. Une recette bio contre les pucerons et les cochenilles. Pepe se ressaisit. Il ne va pas se laisser prendre par cette rhétorique du sauveur. C’est bizarre comme les gens ont besoin de plus forts qu’eux. Ils se créent des envies et se fabriquent de toute pièce des raisons d’être jaloux.
Pepe a de belles roses anciennes. Il pourrait concourir dans les festivals horticoles. Il s’en garde. Emporter une coupe ne l’intéresse pas. Parce que sa victoire impliquerait la défaite de ses adversaires. Et des drames. Des ressentiments. Autant d’émotions dont il se protège en s’enfermant dans son jardin. C’est un Candide à sa façon, un épicurien à la sauce antique.
Pepe comprend mieux les roses que ses semblables. Ils inventent des vedettes pour les vénérer par la suite. Les dieux n’ont selon lui aucune autre origine. Accorder tous les pouvoirs à certains individus, réels ou imaginaires. Et puis, ces gonzes se prennent au sérieux. Ils croient à leurs talents, à leur génie, à leurs privilèges. Ils en redemandent jusqu’à ce les que escargots du commun des mortels rampent à leurs pieds, implorant miséricorde.
Beurk. Pepe a envie de vomir. Manquait plus que les extraterrestres pour ajouter une couche au panthéon de la connerie. Avant, au moins, on avait une hiérarchie claire : les animaux, les femmes, les hommes, les chefs et les dieux. C’était simple. Maintenant, les femmes passent avant les hommes. Les dieux ont été balayés par une ménagerie de demi-dieux. Du sport, du showbizz, du business. Et clac, et clac, Pepe taille sans pitié. Et clac. Mais, non, rien ne se produit. Ce satané sécateur ne marche jamais. Encore une idée de sa femme. Elle veut à tout prix le protéger du syndrome du canal carpien. 

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