Le cancer de ma sœur

Voici mon point de vue des événements suite au diagnostique du cancer de ma sœur en décembre dernier.

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8. Mai

Mai 2014

Le 21 mai, j’avais un laboratoire en sciences de fin d’année très important. N’ayant jamais été bonne en laboratoires, j’étais particulièrement stressée, surtout compte tenu du fait qu’Émilie allait avoir ses résultats finaux aujourd’hui concernant son cancer.

Il était midi lorsque j’eu fini mon laboratoire. Je suis donc allé chercher ma boite à lunch et mon cellulaire, en compagnie de mon amie Élodie. Mon cœur se pinça lorsque j’ai vu que j’avais un message texte. Priant pour des bonnes nouvelles, je l’ai ouvert.

 

-Rémission complète :)  on fête ce soir. Je t’aime, tu es une grande sœur exemplaire xxx

-Youpi! :D J’en pleure de joie sérieux!

-Bisous xxx

 

Je pleurais en effet de joie. J’ai immédiatement partagé la nouvelle avec Élodie et mes autres amies. Je crois que certaines d’entre elles étaient émues de me voir si heureuse.

Le souper ce soir-là était parfait. Tous réunis autour d’une table, c’était beau. On a levé nos verres à un futur en santé.

Le 24 mai est un jour qui m’a profondément marquée. C’était la veille du Défi Tête Rasées de Leucan, évènement à lequel Aurélie et Camille, mes deux cousines, s’étaient inscrites afin de supporter ma sœur. C’était également le jour de la course Color Me Rad à Valcartier. Ce soir-là, mon oncle avait invité notre famille ainsi que la famille de ma tante du coté de ma mère à souper. Il y avait également la sœur à mon père avec son mari et ses trois enfants, ainsi que le frère ainé de mon père, sa femme et trois de leurs 4 enfants.

La soirée touchait à sa fin jusqu’au moment où Julie, la sœur de ma mère, sort une chaise et un clipper. Décidant de supporter et Émilie et ses filles qui allaient se raser le lendemain, elle décide de se raser également.

 

- Rase-moi les cheveux, dit-elle à Émilie.

 

Ma sœur s’approcha un peu avant  d’éclater en sanglots.

 

-Non je ne veux pas. Je ne suis pas capable, avait-elle répondu, allant coller ma mère.

 

Je me suis mise à trembler à mon tour, sentant ma gorge se serrer. C’est ma mère qui joua la coiffeuse. Les yeux pleins d’eau, elle se mit à couper les cheveux de sa sœur. Mes deux parents pleuraient, ainsi que mes deux sœurs et Nicolas, le bébé de la famille. Alexandre ne pleurait pas, mais ça ce voyait qu’il était sensible.

 

-C’est correct Émilie, pleure pas, disait ma tante à Émilie pendant que sa tête se faisait raser. Je le veux Émilie, sa ne me dérange pas. Ça repousse des cheveux.

Je ne pleurais pas parce que c’était triste. Non je pleurais parce que je ne pouvais pas m’empêcher de repenser au soir ou Émilie avait perdu ses cheveux. C’était comme si je revivais la scène.

Les larmes n’ont pas cessé de couler après que ma tante ait fini. Oh que non. Nicolas est passé sous le rasoir une fois qu’on eût fini d’applaudir Julie. Suite `une photo avec Émilie, Julie a rasée Nico.

Pour détendre un peu l’atmosphère, on s’est tous mis à se lancer des défis.

 

-Hey Mathieu, si je le fais, tu le fais?

-Go Éric aller!

-Sa repousse des cheveux! Aweye!

-Sam!

-Non j’ai mon bal moi.

-Allez les gars! Antoine! Alex! Mathieu!

-Hey Jacob, tu veux-tu essayer?

 

Larmes aux yeux, Jacob, le plus jeune fils de ma marraine, a accepté de le faire.

 

-On ne t’oblige pas Jacob, l’a-t-on rassuré, pour être sûr que c’était de son plein gré.

-Je sais mais je veux le faire.

 

Je l’admirais tellement lorsqu’on lui a rasé la tete, que j’éclatai en sanglots de nouveau. Camille m’a collé.

 

-Comment tu fais Camille?, avais-je  pleuré.

-Pour faire quoi?

-Te raser. Demain.

-J’y pense pas Anne-So. Je n’y pense pas sinon c’est trop dur.

 

Cette conversation tournait en boucle dans ma tete pendant que je regardai la scène.

 

-Antoine, je le fais, tu le fais?, lança tout bonnement Alexandre lorsque Jacob débarqua de la chaise avec sa nouvelle coupe.

-Ok!

 

Mes parents pleuraient de plus belle et Émilie aussi. Elle était tellement reconnaissante ça se voyait.  Ma discussion avec Camille résonnait dans ma tête lorsque fut le tour d’Antoine de se faire raser. Elle allait se faire raser pour sa cousine…. J’étais la sœur d’Émilie, pourquoi ne pouvais-je pas en faire autant? À cause du cheer? Quelle raison de marde… Mais le show de fin d’année? Et le gala sportif? Serais-je assez courageuse pour me raser? Mes cheveux allaient-ils repousser d’ici mon bal l’année prochaine?

Le cerveau bourdonnant d’interrogations, je me suis levée pour aller coller ma mère et obtenir des réponses.

 

-Mom… Si je me rase la tete… mes cheveux vont être longs comment pour mon bal?

-Environ aux épaules.

Et c’est à ce  moment précis que je me suis décidée. Tant pis ce qu’ils diraient aux cheer. Tant pis les regards que j’aurai à l’école…. Émilie fait ça à tous les jours. Go Anne-So.

 

-Je veux le faire après Antoine, dis-je avec une voix tremblante.

 

Il eût un moment de silence.

 

-Je vais le faire après, avais-je répété. Je crois que j’essayais et de me convaincre, et de les convaincre.

 

Lorsque Antoine eût finit, j’ai pris une grande inspiration. C’est sous un silence ahuri que je me suis levée, ai enfilé le sac de poubelle que tous les autres avaient mis afin d’éviter d’avoir des cheveux sur leurs vêtements, et me suis assise sur la chaise. Ma mère et mes tantes se sont donc mises à m’attacher les cheveux, les divisant en plusieurs mèches afin de pouvoir les conserver et les donner pour en faire des perruques. 

C’est ma mère et mon père qui m’ont rasé. Et je sais que c’était dur pour eux; je les entendais pleurer au-dessus de moi, tout comme plusieurs autres autour de nous.

J’ai regardé mes cheveux tomber à mes cotés, des larmes silencieuses coulant le long de mes joues. J’ai compris que c’était fini lorsqu’un courant d’air frais couru sur mon crâne.

 

-Wow Anne-So.

-T’es hot.

-Wow bravo Anne-So.

 

J’avais des commentaires de ma famille mais celui que j’ai retenu était celui d’Émilie.

 

-T’es tellement belle Anne-So, m’a-t-elle dit en pleurant, me serrant fort dans ses bras. Elle me trouvait belle. Moi qui m’avais toujours détesté. C’est seulement en entendant ses paroles que je me suis sentie véritablement belle pour la première fois depuis longtemps. Et ça ma fait du bien.

 

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