Le cancer de ma sœur

Voici mon point de vue des événements suite au diagnostique du cancer de ma sœur en décembre dernier.

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3. Décembre

Décembre 2013

Samedi le 7 décembre 2013, j’étais étonnement contente. Premièrement, c’était samedi donc pas d’école. Deuxièmement, Papa allait enfin finir la garde-robe dans la salle de bain et les choses auraient enfin fini de trainer. Dernièrement, j’avais une pratique de gymnastique d’une heure le matin, et le reste de la journée était assez relaxe. Ma mère avait un tournoi de volleyball donc il n’y aurait pas de ménage non plus.  Je n’aurai jamais pu imaginer la suite des évènements. Mimi et papa étaient partis à l’hôpital un peu après que je revienne de mon cours, mais je n’y avais pas prêté beaucoup d’attention. Je me disais qu’ils vont revenir avec des médicaments, quelque chose pour arrêter ses souffrances.

Je crois qu’il était 5 ou 6 heures quand ma plus jeune sœur m’a réveillé de ma sieste cet après-midi-là. Elle avait le téléphone dans ses mains.

 

-C’est qui?, avais-je demandé.

-Papa.

 

J’ai répondu.

 

-Allo?

-Anne-So?

-Oui?

-Anne-So il va falloir que tu pries pour ta sœur.

 

J’ai entendu sa voix rompre de l’autre coté du fil. Il pleure.

 

-Pourquoi?, avais-je demandé, la voix tremblante a mon tour.

-Ça ce peut que ta sœur aies des traitements de chimio. Elle a peut-être un cancer.

 

Je me suis mise à pleurer moi aussi. Un cancer? Non. C’est impossible. Ce n’est pas vrai. Non. Il niaise. Ça ne peut pas nous arriver. Pas à nous. Des traitements de chimio… elle va perdre ses beaux cheveux. Oh non c’est pas vrai.

 

-Papa c’est tu une blague? Non papa ce n’est pas vrai.

 

Mais ce l’était. Il ne blaguerait pas sur un sujet comme ça. Personne ne ferait ça.

 

-Anne-So il faut que tu pries d’accord? Ta sœur en a besoin.

 

J’hochais la tête, même s’il ne pouvait pas me voir.

 

-Si ta mère appelle, dis lui de venir me rejoindre au CHUL ok?

-Ok

 

J’ai raccroché, le cœur lourd, les yeux remplis de larmes. Un cancer. Mimi avait peut-être un cancer. Sanglotant, j’ai monté en haut. Mon frère plus vieux étant au travail,  je suis allée voir Andréanne, ma sœur de 11 ans.

 

-Anne-So? Pourquoi tu pleures?

 

Ses yeux se sont remplis de larmes lorsqu’elle m’a vu. J’ai fermé la porte de sa chambre, m’assurant que mon plus jeune frère de 9 ans ne nous entendrait pas. Je l’ai serrée très fort. À travers mes pleurs j’ai réussi à lui dire:

 

-Papa m’a appelé pour me dire qu’Émilie avait peut-être un cancer.

 

Elle se met à sangloter presque aussitôt, me collant à son tour. Nous sommes restées comme ca pendant un moment, avant que je recule et j’aies appeler ma mère. Peut-être que j’arriverai a la contacter moi?

 

-Mom!, je lui ai dit lorsqu’elle répondit. Papa veut que t’ailles le rejoindre à l’hôpital.

-C’est bon Soph, je suis déjà en route. Occupes-toi de tes frères et sœurs s’il te plait.

 

Elle avait pleuré elle aussi. Sa voix n’était pas aussi composée que d’habitude. Les larmes ont recommencé à couler le long de mes joues… ne sachant pas quoi faire en attendant, j’ai décidé de finir de ramasser le lave-vaisselle. Dédé est venue m’aider. On n’a pas arrêter de pleurer. Je voulais qu’Alex rentre bientôt. Je voulais le coller lui aussi et pleurer dans les bras. J’avais besoin de quelqu’un pour me ramasser. Mais il n’y avait personne.

La mère de ma mère est arrivée quelques minutes après que j’aie appelé Mom. J’étais irritée mais soulagée en même temps. Elle m’a serrée dans ses bras et m’a dit que ce n’était pas encore certain qu’Émilie avait le cancer. Qu’il fallait avoir espoir. Mais moi, sa faisait longtemps que je l’avais perdu l’espoir.

Lorsqu’Alex est finalement rentré, Dédé et moi avions accouru à la porte. Il fronçait ses sourcils, se demandant surement pourquoi Mamie était là.

 

-Tu peux lui dire Anne-So, avait-elle dit du haut de l’escalier.

-Me dire quoi?

-Alex… Mimi va peut-être avoir des traitements de chimio.

 

Mes yeux se remplirent à nouveau.

 

-Mais ce n’est peut-être pas tant grave, Mamie avait tenté de raisonner.

-Des traitements de chimio? Elle a le cancer? Oui c’est grave.

 

Il n’a pas pleuré. Il avait juste l’air agacé. J’étais perturbée. Pourquoi fait-il rien ? Honnêtement, j’étais frustrée qu’il n’ait pas réagit plus que ça.

Cette soirée-là avait été longue. On attendait tous des nouvelles de Mimi. Je crois que Nicolas se doutait que quelque chose n’allait pas bien, mais je pense qu’il ne savait pas précisément quoi. J’ai fait le saut quand Mom m’a téléphonée.

 

-Pourrais-tu faire un sac pour Émilie? Mets-lui son pyjama, son doudou, son toutou, des vêtements pour demain et quelques cosmétiques. J’arrive les ramasser.

 

Mom est arrivé tard ce soir là, mais je l’ai attendu, ayant pris soin de bien remplir le sac a Mimi. Je me rappelle lui avoir rajouté des bonbons dans la poche avant de son sac de plongeon. La nourriture d’hôpital n’est pas nécessairement mangeable. J’ai serré Mom fort dans mes bras lorsqu’elle est rentrée.

 

-Est-ce que ca va bien aller?, lui avais-je murmuré, pleurant a chaudes larmes.

- Je ne sais pas Anne-Sophie. Ils ne sont pas encore surs de ce qu’elle a. Ce n’est peut-être pas un cancer. C’est peut-être juste un virus.

-J’espère que c’est juste un virus.

-Moi aussi.

 

Mon oreiller était trempé de larmes cette nuit-là, plus que les autres soirs où j’avais pleuré sur mon sort.

Le lendemain, Papa et moi étions allés tôt à la messe afin de pouvoir aller voir Mimi l’hôpital le plus vite possible. Il a pleuré lorsqu’il parlait au Seigneur. Je savais exactement à quoi il pensait et honnêtement, j’avais le gout de pleurer aussi, mais je n’arrivais pas à le faire.

En fin de compte, Papa et moi avons seulement pu aller visiter Mimi à l’hôpital vers 16h30. Toute la matinée, j’ai pensé a ce que j’allais lui dire. Yo dude, dans quoi tu t’es fourré cette fois-ci? Qu’est-ce que tu fais ici Mimi? Ca va Mim? Ark non Anne-So t’es ben épaisse… C’est clair que sa va pas si elle est à l’hôpital. Je me rappelle que Papa m’avait dit qu’il ne fallait pas que je pleure lorsque je l’a verrai. J’ai totalement oublié ce que je voulais lui dire quand je suis rentré dans sa chambre. On s’est les deux mises à pleurer. La gorge serrée, je me suis assise sur le petit lit avec les parents, n’arrivant pas à parler. C’est elle qui a commencé.

 

-Ca va Anne-So?

-Mieux que toi en tout cas…. Comment toi tu vas Mim?

-J’ai moins mal…

 

Il y a eu un bref moment de silence.

 

-Anne-So, savais-tu que j’avais peut-être un cancer?

-Mimi je suis sure que c’est seulement un virus, j’avais répondu, tentant de lui redonner un peu le moral.

 

Les parents sont partis se chercher à manger et je me suis assise sur le lit d’hôpital avec elle. Les parents m’avaient dit qu’il fallait qu’elle mange sa nourriture d’hôpital, donc je l’encourageai a manger. Je me suis retirée de son lit lorsque ses amies sont venues. La douleur que j’ai ressentie quand elle avait l’air d’être plus contente de les voir que moi. Je les enviais. Je suis tellement une mauvaise sœur. Mes parents et moi pleurions tandis qu’Émilie aussi pleurait dans les bras de ses amies. Mon oncle était venu un peu après le départ des amies d’Émilie. Lorsqu’est venu le moment de partir, j’ai éclaté en sanglots. J’Avais a peine réussi a parler avec ma sœur pendant les trois heures où j’étais avec elle. Je me sentais vraiment mal.

 

-Prends soin de toi ok?, avais-je pleuré, la collant une dernière fois.

-Ok.

-T’es une bonne grande sœur, m’avait dit mon oncle en quittant l’hôpital avec moi et mon père.

 

Le problème est que je ne me sentais pas comme une bonne grande sœur. Du tout. Je me suis mutilée ce soir-là.

L’école le lundi était un amas de larmes. Mes amies ne pouvaient pas me comprendre, mais elles essayaient de me consoler en vain. J’étais perdue.

 

«Mimi est à l’hôpital. C’est de ma faute.»

 

Dix jours après la biopsie d’Émilie, on avait les résultats. Émilie avait un cancer. Un lymphome non-hodgkinien anaplasique. Mon ventre, mes cuisses et mes bras ont  subi plusieurs coupures cette nuit-là. Des coupures profondes.

 

«Mimi a le cancer. Je me sens tellement mal… Le nombre de fois que je lui ai dit que je ne l’aimais pas.»

 

La jalousie a tranquillement commencé à s’installer. Je me disais que j’aurais du être celle avec le cancer, pas elle. Comme ça, je ne serais pas allée à l’école. Je me serais laissé noyer complètement dans ma dépression. J’aurais voulu que le cancer me batte. Je voulais mourir. Je ne voyais pas de futur brillant pour moi. C’est Émilie qui méritait la santé. Pas moi. Je l’enviais, même si elle avait le cancer. Elle avait perdu 20 livres en tellement peu de temps, tandis que je ne faisais qu’engraisser. Ce que j’aurais donné pour avoir sa place… le monde se serait même préoccupé de moi pour une fois.

Il y avait également le fait qu’on allait devoir changer plein de choses chez nous pour Émilie qui m’écœurerait. Plein de désinfectant, aucun toussotement et tout le tralala… Je broyais du noir à la journée longue.

 

«Mom dit de rester forte. Mais Mom, je ne suis pas forte. J’en ai plein le cul de toujours vivre des déceptions.»

 

 

«Tout le monde dit que nos meilleures années, on est en train de les vivre. Ben calique sa ne me donne pas pantoute le goût de vivre pire que les journées passées.»

 

J’avais de la misère à l’école pendant un bout… J’avais toujours le gout de laisser tomber. J’étais incapable de rester concentrée pendant les examens, pensant toujours à ma sœur.  Ma prof de maths avait écrit un message à mes parents sur le portail à propos de mon air de chien battu. Ma mère lui a raconté notre situation. Elle est venue me parler, et évidemment, je me suis remise pleurer. J’étais reconnaissante du fait qu’elle semblait être touchée. Aucun autre de mes profs m’en avait parler. J’ai pleuré en sciences, en français, en anglais, en éthique (Il nous avait fait écouter «Ma vie pour la tienne», l’histoire de la fille qui a une leucémie a qui sa sœur lui fait plein de dons de toutes sortes…) et ils ne m’ont rien demandé. Je faisais pratiquement ça jour et nuit, pleurer. Pourquoi si peu de gens l’avaient remarqué?

Un peu avant les vacances de Noël, M. Coulombe est revenu me voir.

 

-Pis, qu’est-ce qu’elle a ta sœur en fin de compte?

-Ben elle a le cancer.

 

J’ai brusquement fondu en larmes.

 

-Tenez bon, avait-il dit avant de partir. C’est seulement deux ou trois filles de l’équipe de cheerleading qui sont venu me voir quand elles ont remarqué que je pleurais. C’est fou, mais quand on te demande si sa va, les gens ne veulent pas savoir si sa ne va pas. Ils en on rien à foutre, car ils on leurs problèmes à eux.

Noël n’avait pas été pareil cette année. Un des seuls points positifs était que pleins de gens, des amis, de la famille, sont venus nous porter de la nourriture pendant les fêtes. Pour le reste, Émile était faible et je crois qu’elle voulait retourner à l’hôpital pour avoir de la Morphine et réduire sa douleur. Je ne la blâme pas.

Au jour de l’an, on était supposés recevoir de la famille mais Émilie est restée à l’hôpital en fin de compte…C’était bientôt le début de ses traitements de chimio. On avait donc commandé de la pizza et on est allés manger avec elle, pour ensuite faire quelques jeux en famille. Il devait être dix heures lorsque nous sommes partis puisqu’elle était trop fatiguée pour faire la veillée.  Pas mon meilleur décompte ça c’est sur.

 

«Ça vraiment été la joie de passer  le jour de l’an à l’hôpital…. Non. Pantoute. Je m’écœure à propos de rien de toute façon. En plus, on est en vacances. L’école sa me tente encore moins, surtout si Mimi est pour venir. Ou même si elle ne vient pas.»

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